À Evreux Portes de Normandie, l’Iton structure la vie du territoire autant qu’il la bouleverse quand il sort de son lit. Plutôt que d’additionner les dégâts après chaque épisode, l’agglomération a choisi d’anticiper. Avec le Cerema, elle a construit une stratégie locale de gestion du risque d’inondation pensée pour être concrète, partagée et visible dans les choix d’urbanisme. L’objectif est que chaque projet, du permis de construire aux grands aménagements, se pose la bonne question au bon moment, et que les habitants retrouvent plus vite un quotidien normal quand l’eau monte. Le diagnostic réalisé à l’échelle du TRI d’Evreux dépasse la simple cartographie des zones inondables : il croise le fonctionnement de la rivière, la configuration des quartiers et leurs usages, les milieux humides et les continuités écologiques. Appuyée sur des outils nationaux éprouvés, cette méthode se traduit déjà par des recommandations à intégrer au PLUi, par une articulation fine avec le PAPI de l’Iton et par des temps de concertation où chacun peut apporter son expérience pour réduire l’exposition et les dommages.
La SLGRI, une boussole partagée pour décider autrement
La Stratégie Locale de Gestion du Risque d’Inondation, co-construite par Evreux Portes de Normandie et le Cerema, n’ajoute pas une couche technocratique : elle propose une façon commune de lire le territoire et de prioriser les actions. S’appuyant sur un diagnostic géosystémique, elle met en lumière les secteurs vulnérables, les zones d’expansion des crues, les milieux humides et les liens écologiques qui aident la rivière à respirer. Le référentiel national de vulnérabilité publié en 2018 fournit un cadre pour analyser comment l’eau affecte bâtiments, réseaux, activités et services, et quelles marges d’adaptation existent. La « boussole de la résilience » oriente les décisions autour de quatre axes complémentaires : diminuer la vulnérabilité, agir sur l’aléa quand c’est possible, organiser le retour à la normale et mobiliser l’ensemble des acteurs. Concrètement, cela signifie que la prévention ne reste pas cantonnée à l’après-coup : elle irrigue les choix d’aménagement, les programmes d’investissement et les pratiques du quotidien, en cohérence avec la compétence GEMAPI exercée par l’agglomération.
Intégrer le risque dans le PLUi : des projets plus malins face à l’eau
Quand le risque est pris en compte dans le PLUi, il ne s’agit pas seulement de tracer des limites rouges sur une carte. La stratégie propose des orientations et des règles qui aident à mieux situer, concevoir et phaser les projets. Les secteurs où l’aléa est fréquent ou où l’évacuation serait difficile sont identifiés pour éviter d’y concentrer de nouveaux usages sensibles. Ailleurs, on favorise des formes urbaines capables d’accepter une montée d’eau temporaire sans dommages majeurs : espaces publics conçus pour stocker l’eau au bon endroit, rez-de-chaussée moins vulnérables là où c’est pertinent, réseaux techniques placés en hauteur ou protégés, accès et cheminements pensés pour rester praticables. L’idée est d’utiliser les opérations déjà prévues pour réduire l’exposition sans freiner le développement. Les documents d’urbanisme traduisent ces intentions par des prescriptions et des recommandations qui guideront l’instruction des permis et la programmation communale, en cherchant la cohérence avec le PAPI de l’Iton afin de mutualiser les efforts.
Préserver les zones humides, agir sur l’aléa avec la nature
Les zones humides identifiées lors du diagnostic ne sont pas des terrains en attente d’un projet, mais des alliées contre les crues. Elles ralentissent l’eau, atténuent les pics et offrent des débouchés naturels quand la rivière a besoin d’espace. Les préserver permet de diminuer les hauteurs et les vitesses d’écoulement là où l’urbanisation serait la plus exposée. La stratégie propose d’inscrire leur protection dans les documents de planification et d’orienter les aménagements pour renforcer ces « éponges » naturelles : sols moins imperméabilisés, continuités écologiques restaurées, aménagements paysagers capables de retenir l’eau à la source. Articulée avec la compétence GEMAPI et le PAPI de l’Iton, cette approche permet de coordonner les interventions, depuis la restauration de la dynamique fluviale jusqu’à l’aménagement de zones d’expansion contrôlées, lorsque cela s’avère pertinent. On mise sur des solutions fondées sur la nature, souvent moins coûteuses à entretenir et plus souples dans le temps, qui améliorent aussi le cadre de vie, la biodiversité et le confort en été.
Cibler les vulnérabilités pour accélérer le retour à la normale
Identifier une zone vulnérable n’a pas pour but de stigmatiser, mais de déployer les bonnes actions au bon endroit. Le référentiel de vulnérabilité aide à repérer les bâtiments sensibles, les établissements recevant du public, les entreprises dépendant de stocks ou d’équipements en sous-sol, ainsi que les points faibles des réseaux et des services. À partir de là, la stratégie encourage des ajustements pragmatiques : reconfigurer des locaux pour que les équipements vitaux ne soient pas au rez-de-chaussée, adapter les accès, prévoir des solutions de repli, préparer des plans de continuité pour les services indispensables. Cette préparation concerne aussi les ménages, avec des gestes simples à anticiper lorsqu’un épisode est annoncé. L’objectif n’est pas d’éliminer tout risque, mais de réduire l’ampleur des dommages et la durée d’interruption. Plus les choix d’aménagement et d’organisation intègrent ces enseignements tôt, plus le territoire retrouve rapidement son souffle après une crue.
Participer aux choix : de la carte aux idées d’aménagement
La résilience ne se décrète pas depuis un bureau, elle se construit avec celles et ceux qui vivent et travaillent près de l’Iton. Evreux Portes de Normandie organise des comités et des concertations locales pour éclairer les décisions. Ces moments sont l’occasion de partager l’expérience des épisodes passés, d’apporter des photos, des repères d’eau et des usages du quotidien qui n’apparaissent pas sur un plan. Habitants, associations, commerçants et élus y discutent des priorités et testent des solutions, depuis la transformation d’un parking inondable en parc qui retient l’eau jusqu’à l’orientation d’un nouveau quartier pour ménager des passages à la crue. Chacun peut contribuer lors des réunions publiques, des ateliers thématiques ou des enquêtes liées aux évolutions du PLUi et aux actions du PAPI, lorsqu’ils sont annoncés par l’agglomération et les communes. S’informer, donner son avis et relayer les dispositifs autour de soi, c’est déjà agir pour réduire l’exposition et limiter les pertes lors des prochains débordements.
Et maintenant ?
La stratégie engagée à Evreux Portes de Normandie trace une voie concrète pour vivre avec la rivière sans la nier. Elle relie l’ingénierie et la vie quotidienne, l’urbanisme et les paysages, les grands programmes et les petits choix qui, mis bout à bout, font la différence. La suite dépend de la capacité collective à maintenir le cap : inscrire les recommandations dans les documents de planification, vérifier qu’elles inspirent les projets, continuer à écouter les retours de terrain et ajuster les actions. Chaque opération devient l’occasion de se poser une question simple : que se passe-t-il ici si l’Iton déborde et comment s’en remettre vite ? En gardant ce réflexe, en valorisant les zones humides et en orientant les constructions et les espaces publics pour cohabiter avec l’eau, le territoire renforce sa culture du risque tout en préservant son attractivité. La résilience est une trajectoire ; elle se nourrit de décisions cohérentes et de la participation de tous, au fil des saisons comme des projets.



