La sobriété foncière en France, l’objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN) et la nature en ville intéressent autant celles et ceux qui affrontent les inondations que les personnes qui subissent la chaleur urbaine. Comment ces politiques réduisent-elles concrètement les risques liés à l’artificialisation des sols ? Un échange France–Corée mené par le Cerema avec le KRIHS, le 13 mai 2026, éclaire les leviers à privilégier et les outils publics — le Portail de l’artificialisation des sols et les données OCS GE — pour suivre et agir localement.

France–Corée : regards croisés pour des villes plus résilientes

Quand le Cerema accueille une délégation du KRIHS venue de Corée du Sud, il s’agit moins de comparer des slogans que des méthodes. Des deux côtés, la même question : comment loger, se déplacer, produire et se rafraîchir sans continuer d’imperméabiliser nos territoires ? Les échanges ont porté sur le cap français du ZAN, le règlement européen de restauration de la nature et sur la manière de mesurer finement l’occupation et la couverture des sols. L’idée est simple : limiter l’étalement urbain et réhabiliter les friches aide à mieux gérer l’eau et la chaleur, tout en renforçant la biodiversité. Ce dialogue montre que la prévention des risques progresse quand elle s’appuie sur des choix d’aménagement coordonnés et des données partagées.

Inondations : quand le sol respire, l’eau déborde moins

Plus un sol est recouvert de bitume, plus l’eau de pluie ruisselle vite vers les avaloirs et les rivières. Les pointes de crue sont alors plus élevées et les réseaux se saturent. Freiner l’artificialisation, c’est redonner au sol sa capacité d’absorption et de stockage. La réouverture de surfaces perméables, la transformation de friches en parcs inondables, la création de noues végétalisées ou de places déminéralisées améliorent l’infiltration lente et réduisent le volume d’eau envoyé d’un coup vers l’aval. En limitant l’étalement urbain, on réduit aussi l’exposition de nouvelles habitations aux zones inondables. La sobriété foncière se traduit donc en mètres carrés qui boivent la pluie plutôt que de la rejeter vers nos rues.

Îlots de chaleur urbains : la nature en ville comme climatiseur

Les canicules montrent un autre effet de l’artificialisation : des centres minéraux qui emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit. Végétaliser rues et cours d’école, ombrager les trottoirs, désimperméabiliser des parkings et multiplier les sols clairs ou drainants font baisser les températures ressenties. Les arbres, par leur ombre et l’évapotranspiration, refroidissent l’air ambiant. Les sols vivants, parce qu’ils conservent l’humidité, participent à ce « rafraîchissement par le bas ». À l’échelle d’un quartier, ces gestes cumulés font la différence lors des épisodes chauds, avec un bénéfice sanitaire direct pour les habitants les plus exposés.

ZAN : un cap pour transformer sans étaler

L’objectif de Zéro Artificialisation Nette donne une direction lisible : stopper la progression globale des surfaces artificialisées en misant sur la sobriété foncière. Concrètement, cela encourage la réutilisation de terrains déjà urbanisés, la réhabilitation des friches, la densification choisie autour des services et la qualité des espaces publics. Chaque projet compte : un immeuble sur une parcelle déjà construite vaut mieux qu’un lotissement éloigné des transports ; une friche qui redevient espace vert ou zone d’activités compacte participe à la réduction des risques. Les co-bénéfices s’additionnent : moins de ruissellement, plus de fraîcheur, davantage de continuités écologiques.

Mesurer pour agir : le Portail de l’artificialisation des sols

Pour piloter une politique locale, il faut savoir où l’on en est et comment la tendance évolue. Le Portail de l’artificialisation des sols propose des cartes et des indicateurs qui visualisent la consommation d’espaces, l’imperméabilisation et leur évolution. Un élu, un agent technique ou un citoyen peut y repérer les secteurs où la pression foncière s’accélère, identifier des poches de sols encore perméables ou suivre l’effet d’une opération de renaturation. Cette lecture partagée facilite le dialogue entre communes, intercommunalités, aménageurs et riverains, et aide à prioriser les actions là où elles sont les plus utiles.

Comprendre le terrain avec les données OCS GE de l’IGN

Les données OCS GE, produites par l’IGN, distinguent la couverture (ce qui recouvre le sol : bâti, végétation, eau, surfaces nues) et l’usage (habitat, activités, transports, espaces verts, etc.). Cette double lecture apporte une grande clarté pour la prévention des risques. On peut localiser, par exemple, des surfaces imperméables liées au stationnement et les cibler pour une désimperméabilisation progressive, ou repérer des toitures propices à la végétalisation. En croisant OCS GE et observations de terrain, les collectivités affinent leurs projets : choisir des revêtements plus drainants, renforcer une trame d’îlots de fraîcheur ou consolider des corridors écologiques qui ralentissent le ruissellement vers l’aval.

Agir à l’échelle locale : de la cartographie aux chantiers

Une fois la photographie territoriale établie, viennent les chantiers concrets. Les cours d’école, les pieds d’immeubles, les places minérales et les parkings sont souvent des gisements de surfaces à renaturer. Remplacer une partie du bitume par des sols vivants, planter des arbres adaptés au climat futur, créer des bandes végétalisées qui guident l’eau vers le sol ou ouvrir des jardins de pluie sur des rues en pente transforment la relation de la ville à l’eau et à la chaleur. À l’échelle d’un bourg comme d’une métropole, la clé est de prioriser là où l’impact est fort : autour des équipements sensibles, sur les axes très chauds, en amont des zones inondables. Les données publiques servent à construire cette feuille de route et à partager le cap avec les habitants.

Ce que l’échange France–Corée change pour demain

La rencontre entre le Cerema et le KRIHS met en miroir des approches concrètes : planifier sans s’étaler, suivre précisément l’occupation des sols, renaturer les espaces urbains pour mieux gérer l’eau et la chaleur. Chacun y trouve des pistes : comment associer les citoyens aux choix d’aménagement, quels indicateurs suivre pour mesurer la progression, quelle place donner aux solutions fondées sur la nature. Ce dialogue confirme une idée simple : la prévention des risques se renforce quand elle repose sur des choix d’aménagement sobres, des données ouvertes et des projets concrets visibles au coin de la rue.

La suite appartient aux territoires. Explorer le Portail de l’artificialisation des sols, mobiliser les données OCS GE et regarder sa commune avec un œil neuf suffit souvent à repérer des actions à portée de main. Chaque surface rendue au sol vivant atténue un peu plus les inondations et la chaleur : une manière très directe de s’adapter à un climat déjà en train de changer.