À Saint-Martin comme à Saint-Barthélemy, l’odeur d’œuf pourri et les nappes brunes en mer rappellent à quel point la saison des sargasses peut perturber le quotidien. Cette année, le signal est plus fort que d’habitude dès la mi-saison. Météo-France indique qu’à fin mai 2026, les surfaces cumulées de sargasses détectées par satellite atteignent environ 6 km² sur la zone B5 (abords de Saint-Martin) et 11 km² sur la zone B6 (abords de Saint-Barthélemy). À ce stade du calendrier, c’est un record sur la période 2011–2026. Le cœur de la saison s’étire de mai à juillet, moment où les arrivages ont tendance à s’intensifier. Autrement dit, 2026 s’annonce soutenue, avec plus d’échouements possibles et des conséquences en chaîne sur la santé, les milieux naturels et les activités littorales. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut s’y préparer : en comprenant les indicateurs B5/B6, en observant les baies exposées et en adoptant des gestes simples à terre comme en mer, il est possible d’atténuer les nuisances.
B5 et B6, à quoi ça sert et que disent ces chiffres record ?
Ces codes correspondent à des zones de veille utilisées par Météo-France pour suivre, par satellite, les radeaux de sargasses autour des îles. B5 désigne la zone proche de Saint-Martin, B6 celle près de Saint-Barthélemy. Les images repèrent les nappes visibles en surface et, chaque semaine, les surfaces détectées sont additionnées pour donner une tendance. Ce n’est pas un inventaire des algues qui toucheront la plage le lendemain, mais un baromètre de la pression sargasses à proximité. Plus ces surfaces cumulées augmentent tôt dans la saison, plus la probabilité d’échouements fréquents et massifs grimpe dans les jours ou semaines suivantes, selon les vents, les courants et la configuration des baies. Avec environ 6 km² en B5 et 11 km² en B6 fin mai, le signal est fort pour une mi-saison, d’autant qu’il s’agit d’un niveau inédit à ce moment de l’année sur la série 2011–2026. Cela n’annonce pas une fatalité uniforme pour chaque anse, mais signifie clairement que l’archipel entre dans une période à haut risque d’accumulations répétées.
Ce que cela annonce localement entre mai et juillet
Le pic d’accumulation se situe habituellement entre mai et juillet. C’est la période où les arrivages se renouvellent le plus, avec des pauses et des reprises selon la météo et la circulation marine. Les indicateurs B5/B6, à un niveau record fin mai, laissent penser que la dynamique 2026 a pris de l’avance. Concrètement, on peut s’attendre à des échouements plus fréquents le long des côtes de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, à des amas plus denses par endroits et à des épisodes d’odeurs plus marqués là où les algues stagnent et se décomposent. Les impacts se font sentir sur plusieurs fronts : la santé des riverains exposés au gaz H2S dégagé par les amas en décomposition, la pression sur les écosystèmes littoraux et les perturbations des usages, de la baignade aux manœuvres portuaires. Météo-France incite à renforcer la vigilance et le suivi pour mieux anticiper les échouements. Le but n’est pas d’alarmiser, mais d’instaurer des routines d’observation et d’intervention pour réduire la durée et l’intensité des nuisances quand les arrivages se présentent.
Anticiper à terre : surveiller les baies, organiser le ramassage, protéger la santé
Le premier réflexe est d’observer régulièrement, toujours depuis les mêmes points. Des rondes visuelles fréquentes sur les baies les plus exposées permettent de repérer l’arrivée d’un radeau, l’épaississement d’une nappe ou, à l’inverse, une dispersion en mer. Un relevé horaire et des photos prises du même emplacement, partagés avec les services locaux et croisés avec les bulletins de Météo-France, aident à décider quand intervenir. Pour le ramassage, la réactivité paie : mobiliser les équipes dès que les amas sont frais, coordonner les moyens pour éviter les stockages prolongés en bord de plage et prévoir des relais si les arrivées s’enchaînent. Sur le plan sanitaire, quelques précautions simples protègent riverains et équipes : repérer les zones où l’odeur est forte et limiter l’exposition, aérer les espaces clos proches d’un échouement, éviter de s’attarder près des amas en décomposition et signaler rapidement tout malaise, irritation ou mal de tête susceptible d’être lié au H2S. Les professionnels chargés du ramassage utilisent des équipements et des procédures adaptés ; pour le grand public, le bon réflexe est de s’éloigner des poches nauséabondes, d’informer les personnes vulnérables autour de soi et de suivre les consignes locales.
Anticiper en mer : informer les plaisanciers et gérer les marinas
Les sargasses gênent aussi la navigation : elles accrochent les hélices, bouchent les prises d’eau et compliquent les entrées et sorties de port. Informer les plaisanciers est un moyen efficace de prévention. Avant de lever l’ancre, consulter les bulletins, scruter l’horizon pour repérer les nappes brunes et adapter sa route permet d’éviter les concentrations denses. À l’approche d’un banc, réduire l’allure, contourner largement et surveiller la température moteur limite le risque d’avarie. Dans les marinas, une communication claire et réactive avec les usagers facilite les manœuvres pendant les pics : consignes temporaires sur les postes d’amarrage les plus exposés, organisation de créneaux pour les mouvements sensibles, signalement des zones à éviter et propositions d’itinéraires d’accès alternatifs quand c’est possible. Un entretien plus fréquent des filtres et grilles d’aspiration, associé à des retours d’expérience rapides entre capitainerie, professionnels et usagers, permet souvent de gagner des jours de fonctionnement lorsque les nappes se succèdent. L’idée n’est pas d’arrêter les activités, mais d’ajuster les pratiques pour traverser la période de pointe avec le moins de gêne possible.
Suivre la saison sans se laisser surprendre
La saison 2026 a démarré fort et les semaines à venir demanderont de la constance. Les indicateurs B5/B6 restent des repères utiles : ils rendent compte de la pression sargasses autour des îles. Combinés aux observations de terrain et aux messages des autorités locales, ils aident à décider quand préparer les interventions, comment adapter les usages sur le littoral et quand renforcer la vigilance sanitaire. Rien n’est figé : un changement de vent peut offrir une fenêtre de répit, un courant persistant peut amplifier les arrivées. C’est pour cela que la coordination locale, l’échange d’informations fiables et la capacité à agir vite mais sans précipitation font la différence. La période mai-juillet reste la plus chargée, mais elle se gère. Restez attentifs aux bulletins, signalez ce que vous observez, et gardez en tête que chaque geste d’anticipation limite les nuisances pour les habitants, les écosystèmes et les activités qui font vivre les Îles du Nord.










